« La grâce des brigands » – Véronique Ovaldé

gracedesbirgands Brillant !Avant toute chose, je dois avouer que, ayant lu la plupart de ses livres, je suis un véritable fan de Véronique Ovaldé. Ainsi, cette critique sera tout sauf objective, et de toute manière, une critique objective, c’est un peu comme un mauvais Vargas : ça n’existe pas. L’objectivité, c’est ce grand concept creux qui permet surtout à des journaux de faire passer leurs idées politiques sous une neutralité de façade (suivez mon regard). Ainsi, la meilleure critique littéraire qui puisse exister est une critique subjective, ou du moins qui ne fait pas semblant de ne pas l’être, mais qui donne assez d’éléments au lecteur (oui, toi, chéri) pour que celui-ci puisse s’en faire lui-même une idée. Le but du critique n’est pas de rallier le lecteur à sa cause, mais de faire acheter un livre en échange de quelques pots-de-vin de la part de l’éditeur (Non, je blague, mais si un éditeur est intéressé, on peut vous envoyer par mail le numéro d’un compte en Suisse). Le but du critique, disais-je avant d’être lamentablement interrompu par moi-même, est de donner son avis, donc d’avertir le lecteur qu’il manquerait un chef d’œuvre à ne pas lire ce livre, ou au contraire qu’il perdrait de précieuses minutes de vie, voire même une conséquente somme d’argent, à se procurer cette ignoble bouse, tout cela en lui laissant la liberté de décider par lui-même de suivre, ou non, notre divin critique.

Maria Cristina a seize ans quand elle s’exile, loin du foyer familial de Lapérouse, brumeuse bourgade du nord du Canada, pour habiter Los Angeles, afin d’y suivre des études. Ses rêves d’écriture la mènent auprès de Claramunt, auteur endetté se plaignant tous les ans de ne pas recevoir de prix Nobel, après avoir passé des semaines à dire à qui veut l’entendre que cette année, c’est certain, il l’aurait. Elle devient sa secrétaire-gouvernante, s’apercevant bien vite que l’écrivain cherche à la séduire. Il devient son amant et mentor, et l’aide à publier un premier roman autobiographique qui va plus ou moins la brouiller avec sa famille. Plus de dix ans après ce premier roman, elle reçoit un appel de sa mère.

Les romans d’Ovaldé tournent tous autour du thème de la fuite et de l’exil, que ce soit dans Ce que je sais de Vera Candida, ou Des vies d’oiseaux. Il est toujours question de fuir les lieux de l’enfance, s’exiler au loin pour revenir un jour, revenir vers le souvenir, avec une étrange sorte de nostalgie, faite d’amour et de haine envers un passé encombrant.

Le passé encombrant de Maria Cristina, c’est Lapérouse. Une mère bigote pour qui tout ce qui sort de Lapérouse est l’incarnation du Diable (les États-Unis sont définis comme « l’ignoble Babylone »), les étrangers des envahisseurs, une mère méfiante, paranoïaque, surprotectrice qui va la pousser à s’évader (ou fuir) par la littérature et les mots. Ce passé est aussi marqué par un accident. Un accident sans conséquence notable. La chute de sa sœur dans une pente escarpée la ronge de remords. Qui est coupable ? Influencée par la folie de sa mère, Maria Cristina s’en voudra toute sa vie.

Fuyant Lapérouse elle trouve Los Angeles. C’est les années 70, époque de libération sexuelle et d’émancipation féminine, l’exact contraire de la maison rose de Lapérouse. Elle y rencontre Joanne, qui devient sa colocataire, et découvre le cannabis, la cigarette, la vie de la jeunesse estudiantine de Los Angeles. Elle devient vite secrétaire de Claramunt, l’écrivain, et tombe sous son emprise. Claramunt va alors diriger sa vie, sa carrière, sa vie amoureuse et sexuelle.

Le style d’Ovaldé est reconnaissable entre mille. Cette formidable impression de se trouver dans les pensées du narrateur, dont on ne découvrira l’identité qu’à la fin du livre. La ponctuation qui sert le rythme, et s’affranchit souvent des normes, comme pour les dialogues, offrant une véritable fluidité à l’écriture. Cette poésie, enfin, dans les noms, les lieux, les descriptions, les personnages, et qui fait voyager.

De fuite en fuite, Maria Cristina cherche la grâce. Le pardon, mais aussi la grâce, la liberté. Les deux ensembles. Et l’enjeu du roman se trouve dans cette quête, cette recherche de la liberté et du pardon. Ce roman, magnifique et émouvant, pourrait bientôt remporter le Renaudot et le Femina, ce qui ne serait que justice, la justice aux « brigands ».

Extrait:

« Au fond, son rêve était très individualiste, il n’y avait à sa connaissance pas de « nous » possible, elle ne pourrait jamais dire ou écrire, Nous étions des jeunes gens pleins d’espoir mais certains d’entre nous se donneraient la mort tandis que d’autres partiraient vivre à l’étranger, certains d’entre nous se marieraient avec des gens croisés une fois ou deux, certains deviendraient bouddhistes et d’autres deviendraient accro à l’alcool et au Prozac. Nous avons toujours pensé que demain serait meilleur qu’aujourd’hui, nous avons tous cherché à habiter ailleurs qu’à l’endroit où nous vivions, nous avons tous cherché une petite maison face à la plage et ç’aura été pour certains un rêve bourgeois et pour d’autres la meilleure façon de s’accommoder de leur nature périssable. Maria Cristina n’écrirait jamais cela, il lui manquerait toujours cette possibilité du pluriel, elle ne pourrait jamais être autre chose qu’un être dignement solitaire. »

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Malakoda

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3 réflexions sur “« La grâce des brigands » – Véronique Ovaldé

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