Une place à prendre, J.K. Rowling

Une place à prendreBrillant !Vous allez finir par croire que je pars en croisade pour sauver tous les livres injustement traités par la presse. « Banal » pour les uns, « plein de clichés » pour d’autres, le premier roman « adulte » de J.K. Rowling, Une place à prendre, a eu un accueil plutôt glacial. Ai-je besoin de préciser que beaucoup de critiques ont rédigé leur petite bafouille avant même de l’avoir lu ? J’en veux pour preuve le formidable canular qu’a tendu l’écrivain britannique aux médias cette année, en publiant sous le pseudonyme de Robert Galbraith un roman policier intitulé The Cuckoo’s Calling, ou, en français, L’appel du coucou (sortie chez Grasset le 7 octobre), un roman encensé par la critique (et c’est peu dire, certains ont même comparé ce livre à Chandler ou Agatha Christie)… avant que l’on découvre que l’auteur de ce roman n’était autre que Rowling. Je vous en parlerai dès que je l’aurai lu (cette fois en anglais).

Au sein de la petite communauté de Pagford, bourgade idyllique de Grande-Bretagne, la mort du conseiller Barry Fairbrother suscite différentes réactions. Quand ses amis le pleurent, d’autres, notamment ceux qui veulent expulser les quartiers populaires de la commune, se réjouissent et voient dans cette disparition une occasion de définitivement faire une croix sur ces pauvres qui font tache sur la jolie carte postale. Dès lors, une guerre sourde fait rage afin de gagner le siège laissé vacant par Barry au conseil paroissial du village.

Ce n’est évidemment pas la seule bataille de ce roman colossal. De la rébellion d’adolescents contre l’indifférence désemparée de leurs parents à la violence conjugale… La satire sociale est totale. Pagford devient alors le terrain de jeu de l’auteure, qui nous propose un portrait de nos petites hypocrisies quotidiennes, une démonstration parfois glaçante de la manière dont une société basée sur la méfiance et l’individualisme peut altérer gravement les interactions sociales au sein d’une communauté. Les quiproquos sont légions, et pas toujours drôles, on se prend à rire jaune à la lecture de ce jeu de mensonges et de dissimulations, reconnaissant parfois le reflet de nos propres comportements.

Mais là où le roman est le plus lucide, c’est quand il explore une sorte de lutte des classes, entre les pauvres qui ont depuis longtemps rendu les armes, et les autres qui continuent de batailler pour chasser du tableau la preuve de leur échec. Et cette question est terriblement d’actualité: l’individualisme qui rampe dans notre société, peut-être un peu moins que dans la société britannique, et qui conduit à ce discours passablement nauséabond sur « les assistés ». Doit-on aider ceux qui n’ont rien ? « Qu’ils trouvent un travail ! » disent ceux qui n’ont besoin de rien. « On ne va pas payer pour leur alcoolisme ! » disent ceux qui n’ont jamais souffert. Et vient ensuite le repli sur soi, stigmate d’une société qui se désagrège, et qui préfère dissimuler la réalité de son échec plutôt que de se battre.

Et c’est avec virtuosité que J.K. Rowling dépeint cette réalité terrible. D’une écriture vive et sans fioritures. Pas d’envolée lyrique. Pas de discours enflammés. Une description minutieuse et implacable des situations, où elle n’omet rien de nos hontes, rien de nos mensonges, glissant même ci et là un trait d’ironie bien placé.

Alors évidemment, ce n’est pas ce que les anglo-saxons appellent un « page turner », et qui est devenu un peu la norme de la littérature anglo-saxone, norme que l’on peut aisément qualifier d’artificielle et de vaine. C’est un livre plus exigent qu’il n’y paraît, qui n’accroche pas par le suspens ou l’action, mais par la virtuosité et l’intelligence. J.K. Rowling entre en littérature « adulte » avec un coup de maître.

Votre serviteur,

Malakoda

Le roman est désormais disponible au Livre de Poche.

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3 réflexions sur “Une place à prendre, J.K. Rowling

  1. Pingback: Une place à prendre, J.K. Rowling | Sodome et Gomorrhe

  2. Encore une belle chronique qui remet les choses bien à leur place. Que dire de plus à part que j’approuve et j’applaudis ? Ce livre est resté longtemps avec moi, après sa lecture, preuve que J. K. Rowling n’est pas bonne qu’à écrire de la jeunesse. Merde à la fin !

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