Le Jeu des Ombres de Louise Erdrich

Le jeu des ombres
de Louise Erdrich
(Editions Albin Michel)
Paru en septembre 2012
272 pages
19,00€

Résumé :

Rythmé à la manière d’un thriller sombre et tragique, le Jeu des ombres est un huis-clos hypnotique, sans doute le livre le plus personnel de Louise Erdrich. Portrait d’un mariage et d’une famille sur le point de voler en éclat, d’un homme et d’une femme en proie à la violence d’un face-à-face, c’est aussi une réflexion sur les cicatrices qu’une histoire collective douloureuse peut laisser sur les individus.

Gil est un peintre reconnu qui doit son succès à Irène, sa femme, un écrivain qui a longtemps été son modèle. Quand elle découvre que son mari lit son journal intime, Irène décide d’en rédiger un autre, qu’elle met cette fois-ci en lieu sûr. Elle y livrera sa vérité, se servant du premier comme d’une arme pour manipuler son unique lecteur. Une guerre psychologique commence, qui va révéler le côté obscur de chacun des personnages. En faisant alterner les journaux d’Irène et un récit à la troisième personne, Louise Erdrich témoigne, une fois de plus, d’une prodigieuse maîtrise narrative.

Critique :

Le jeu des ombres est un huis clos un peu spécial puisqu’il prend place au sein d’une famille.

Irène, la femme que nous suivons tout au long de l’histoire, découvre que son mari lit son journal intime, et cela la rend littéralement folle de rage. C’est pourquoi par la suite elle décide de lui faire payer pour le peu de confiance qu’il lui accorde, et utilise son premier journal à des fins destructrices. Véritable arme, elle écrit dans ce premier Carnet Bleu pour manipuler celui-ci et le faire souffrir. Dans le second, l’Agenda Rouge, caché au fond d’un coffre dans une banque, elle se livre réellement. Malgré ce qu’on pourrait penser, cet Agenda Rouge n’est pas si intéressant, et on s’y attarde peu.

Gil est peintre et sa grande inspiration, sa muse, est sa femme, Irène. Leur amour était pourtant clair et intense. De nombreuses similitudes les rapprochaient : racines indiennes, élevés par une mère célibataire, amoureux des arts. Mais Irène ne supporte tout simplement plus les œuvres de son mari, de poser nue et abrutie par l’alcool, bien que Gil soit talentueux et représente la beauté indienne qu’elle est à merveilles, la sublimant. Ses tableaux se vendent dans le monde entier. Irène a l’impression qu’on lui a volé son image, son ombre.

Elle n’aime plus son mari, mais lui l’aime toujours. Elle invente nombre d’événements affreux et inexistants, les retranscrivant dans son journal pour détruire Gil, tout comme il l’a détruite elle. Leurs trois enfants en subissent les conséquences. Ils assistent aux disputes, découvrent les tableaux de leur père. Leur père qui est un homme lunatique et violent, les frappant parfois lorsque les choses lui déplaisent. Pourtant, ce couple a mis au monde trois enfants formidables, ouverts d’esprits et réels génies. Mais portant en eux déjà des vices, le premier de treize ans, fumant et buvant, sa petite sœur passant ses journées à s’imaginer comment survivre à d’éventuels fins du monde.

Au fil des pages, la pression monte et ma lecture se faisait plus fébrile. La violence des mots se transforme peu à peu en violence physique, violence des actes. Et c’est comme être spectateur d’un couple sombrant dans la folie, jouant à un jeu morbide du « je t’aime ; moi non plus ». Ils se repoussent et s’attirent.

Ce livre se lit comme un thriller familial, le récit étant alterné par l’écriture d’Irène dans ses journaux et une narration omnisciente qui nous permet de prendre du recul, et de prendre conscience de l’ampleur des actes et des paroles sur leur famille toute entière. C’est la première fois que je lisais Louise Erdrich et ce fut une très bonne lecture. Je dirais même une jolie découverte.

Gaëlle

 

«Mais voici le plus révélateur : tu voudrais me posséder. Et mon erreur : je t’aimais et t’ai laissé croire que c’était possible.»

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